Les Insomniaques - Juan Mayorga

Mise en scène Anne Cosmao
mardi 6 mars 2012

Centre Culturel Arthémuse ( Briec - Finistère ) - Samedi 27 février 2010 à 20H30

THÉÂTRE 13 - Vendredi 12 juin 2009 à 20h30 et samedi 13 juin 2009 à 19h30

Finale du 4e Prix THÉÂTRE 13 / Jeunes Metteurs en Scène

« Ils ont l’air inoffensif mais dans l’obscurité ils peuvent se montrer redoutables ». Votre voisin connaît votre secret, jusqu’où ira-t-il pour devenir votre ami ?

Mise en scène : Anne Cosmao

Avec

L’Homme Petit : Thierry Barèges - L’Homme Grand : Alexandre Lachaux - La Femme Petite : Anne Mauberret - L’Homme au chapeau : Rémi Sagot - La Femme Grande : Marine Segalen - Le Docteur : Bertrand Waintrop

Titre original : Animales Nocturnos

Traduction : Yves Lebeau - Éditions Les Solitaires Intempestifs

Musique : Rémi Sagot

Lumières : François Briault et Romain Jocrisse-Zurlinden

Scénographie : Nicolas Ganter

Décors et accessoires : Hélène Ferré

Costumes : Aurélie Dessertenne

Vidéo et photos : Marc Havard-Duclos

Chargée de diffusion : Ninon Leclere

durée : 1h30

Informations pratiques sur le Centre culturel Arthémuse

La pièce

Un drame caustique contemporain

L’univers nocturne de la ville est le siège de ce drame où les liens affectifs se remettent en question. Deux couples, que rien ne rapproche, se saluent dans leur immeuble. Le couple dit des « Petits » loge au-dessus des « Grands ». Jusqu’au jour où l’Homme Petit comprend que son voisin est sans-papiers. Alors les maris scellent un pacte, l’amitié contre une non dénonciation. L’Homme Grand doit se rendre « disponible » pour son voisin du dessus. Dès lors la relation de simple voisinage va basculer. Commence un jeu d’asservissement entre les deux hommes tandis que les femmes sont attirées par des individus mystérieux. Jusqu’où va aller cette étrange amitié ? Comment vont se révéler ces personnalités ? Cette histoire ne se passe-t-elle pas dans votre immeuble ?

L’auteur

Né en 1965, Juan Mayorga est docteur en philosophie et enseigne à L’Ecole Royale Supérieure d’Art Dramatique de Madrid. Il est l’auteur d’une trentaine de pièces jouées dans le monde entier.

En abordant son écriture on découvre une fine mécanique où le moindre ressort est essentiel. Les personnages se révèlent peu à peu et nous renvoient à nos propres désirs les plus inavouables.

Après la création de Himmelweg au Théâtre de La Tempête, Jorge Lavelli a mis en scène en 2009 dans le même théâtre Le garçon du dernier rang. A Londres et à Milan Les Insomniaques seront joués au mois d’avril et cet été au festival d’Avignon nous pourrons voir Hamelin après un succès en Belgique.
D’autre part, cinq pièces de Juan Mayorga ont été diffusées sur France Culture dans le cadre de l’émission Fictions lors d’un cycle consacré à l’auteur en février 2009.

La mise en scène

« J’ai mené ma petite enquête, vous êtes un sans-papiers »

À partir d’un fait contemporain, les sans-papiers, Juan Mayorga écrit un conte universel. La rencontre d’individus au beau milieu d’une ville, la vie de deux couples. Un homme à la recherche d’une amitié décide de rentrer dans l’existence de son voisin sous un prétexte fallacieux, sa condition d’étranger en situation irrégulière. Cette pièce révèle la cruauté d’un individu, ses obsessions, la perversité d’un pays. L’auteur observe la société d’aujourd’hui et met en évidence la question de la responsabilité individuelle, chaque citoyen peut faire chuter son voisin. Cette relation dominant/dominé nous plonge dans l’intimité de ces hommes.

« En définitive, c’est ça qui compte pour moi : pouvoir vérifier votre disponibilité »

Juan Mayorga raconte un asservissement consenti, un crime parfait. La victime est privée de sa liberté, elle ne se révolte pas, elle accepte son sort. L’esclave est cultivé, mais son savoir ne fait pas le poids face au désir de pouvoir. Le bourreau affirme ne pas vouloir humilier, mais il va plus loin. La dernière scène montre l’Homme Grand en train de rédiger le journal intime de son voisin. Il écrit une existence fantasmée. Nous assistons à un conflit qui n’explose pas.

« Le croisement de deux ombres dans un escalier »

À l’ombre de la ville, deux couples vont se rencontrer. Ils n’ont pas de nom propre, l’auteur les nomme l’Homme Grand et la Femme Grande, l’Homme Petit et la Femme Petite, ces derniers vivent au-dessus des Grands. Autour d’eux, deux personnages, le Docteur et l’Homme au Chapeau, jouent un rôle de catalyseur dans l’évolution des couples. Nous avons presque la structure d’un vaudeville. Mais ici le genre est totalement revisité. Nous voyons évoluer la classe moyenne — et non la bourgeoisie —, les couples sont dynamités par le pouvoir et non par le sexe. Juan Mayorga observe une relation conventionnelle, le couple, et montre sa fragilité. Dans les deux couples ce sont les femmes qui posent les questions sur la situation qui est en cours. Elles sont les seules à s’interroger sur leur existence et si elles acceptent une certaine forme d’échec de leur vie, elles sont prêtes à changer.
En ville, on ignore souvent volontairement qui est son voisin pour préserver son intimité. Mais cette pièce répond aussi à la curiosité de chacun, qui sont vraiment les locataires du dessus ? Comment vivent-ils ? La ville et sa promiscuité provoquent les comportements violents.

L’auteur a suivi des études de philosophie et de mathématiques, le déroulement de son écriture suit une mécanique implacable. Les hommes sont des « ombres jumelles », les deux premières scènes qui les exposent sont construites en miroir, puis la scène suivante les confond. Une structure « yin/yang » est présente tout au long de la pièce, chez les personnages et dans les situations.

Les Insomniaques sont les héros d’un drame, mais certaines situations, justement parce qu’elles sont noires, doivent être traitées avec humour. Dans les textes de Juan Mayorga, il y a toujours cette dérision tragique qui donne à rire, le quotidien tourne à l’absurde.

La structure de la pièce et l’univers nocturne créent une ambiance de thriller. Ce conte se déroule principalement la nuit. L’obscurité révèle ces individus et préserve leurs secrets.

La scénographie

Il s’agit de gérer deux formes d’espace, le public et le privé.

L’espace

Le privé, au départ mystérieux, va voir au fur et à mesure ses frontières disparaître, l’espace intime est envahi. C’est pourquoi le sable blanc va délimiter au sol les deux appartements. Celui des Petits sera plus vaste que celui des Grands, 12 mètres carrés pour les premiers, 6 mètres carrés pour les seconds. À la fin de la représentation, les comédiens auront marché sur ces plans, les traces seront pratiquement effacées, l’intimité bafouée.

L’espace public entoure le privé et ne sera signifié que par des accessoires manipulés par les acteurs et par le jeu de lumières.

La notion de grand et de petit est récurrente dans l’action, le décor jouera sur cette idée d’échelle. Les Grands seront assis plus près du sol pour signifier qu’ils logent sous les Petits, la lumière écrasera les Grands.

Le scénographe prend aussi comme idée que l’action se passe dans un espace-temps universel. L’espace est alors très dépouillé, le plateau noir est nu. Chaque élément de décor ne laisse aucune place au superflu, il est symbolique et justifié. Les objets qui interviennent sont modulables.

Le spectateur pourra observer la vie dans ces deux appartements comme s’il avait des jumelles et qu’il scrutait l’immeuble d’en face. Nous avons pensé aussi à toutes ces lumières que l’on aperçoit du métro aérien lorsqu’il longe des habitations la nuit. Le voyageur vole brièvement un instant de vie.

Le Polymorphe Concept Le Polymorphe Concept

Il s’agit d’un cadre et d’un socle, le tout étant modulable et manipulable. L’élément haut est muni d’une vitre et tourne autour d’un axe. Il remplit une fonction différente à chaque scène : vitrine de café, télévision, fenêtre, écran de travail, paroi de vivarium. La vitre permet des jeux d’éclairage en transparence mais aussi en projection comme un écran. Dans sa version définitive le Polymorphe Concept sera doté de néons dans le cadre de la fenêtre et deviendra lui-même une source de lumière.

Le mobilier en carton

Le scénographe, Nicolas Ganter, a tout de suite songé à un matériau particulier et simple pour le mobilier de la pièce, le carton s’est imposé. Le carton signifie un changement, une fragilité, une précarité. Nous voulions aussi des objets uniques qui n’appartiennent qu’à cette histoire. Nous recherchons une totale cohésion dans le décor.

Hélène Ferré a créé tout le mobilier et les accessoires de la pièce. Tout d’abord deux chaises en carton, dont l’une, lorsqu’elle est retournée, possède une assise plus basse pour donner le sentiment que les Grands logent sous les Petits.

Tous les accessoires, livres, verres, boîte à outils, outils, téléphone, lampe, valises sont en carton ou en papier Kraft gommé. Le mobilier est « cartoflammé ».

La lumière

Eclairer Les Insomniaques par François Briault

Il y a évidemment la nuit. Insomnie rime souvent avec ce moment précis, la nuit, moment dévolu en principe au sommeil réparateur et que les insomniaques redoutent. Mais à la lecture de la pièce de Juan Mayorga, il me paraît intéressant de montrer les différentes formes que peut prendre la nuit dans cette histoire : oppressante souvent, chaleureuse parfois, passerelle vers le rêve aussi.

Je vais également rendre chaleureux le petit appartement des Grands et un tantinet inconfortable celui des Petits qui pourtant est plus spacieux. Pour cela je donne aux Grands un soutien en contre-plongée quand les Petits se font légèrement doucher.

La lumière que je crée se base très simplement sur deux axes, chaud et froid qui donnent la possibilité d’avoir ce repère nocturne en permanence (la lune avec les 2KW), tout en créant avec les découpes l’intérieur de chacun des deux couples avec leurs différences de décors d’abord, mais aussi d’ambiance. L’espace de chaque appartement est défini par la lumière des découpes.
L’autre aspect de la pièce est l’existence de différents lieux et le passage entre ces lieux, qu’il s’agisse d’un intérieur ou d’un extérieur. Nous avons un bar, un zoo, les appartements, les bureaux et un parc. Le Polymorphe Concept est présent sur chaque tableau et lie lumière et décor car il est doté de néons. Cette source de lumière est à la fois intemporelle, douce ou dure selon les scènes et joue avec l’univers nocturne.

À mon sens la lumière souligne plus qu’elle n’explique, elle doit donner au metteur en scène les moyens de composer sa toile et de servir la situation le plus simplement possible. Elle est un des aspects de ce qui va se raconter. Elle est une part de la vérité que l’on cherche à fabriquer chaque soir sur scène. Ni plus ni moins.

Les costumes

De même que nous avons recherché une simplicité et une cohésion dans la scénographie, nous avons la même démarche pour les costumes. Nous avons opté pour des costumes sobres, assimilables à ce que peuvent porter les femmes et hommes occupant des positions proches dans l’espace social et dans le contexte d’une société occidentale actuelle.

En prenant compte que nos personnages seront continuellement tous présents sur scène, nous ne souhaitions pas introduire de changement de costumes remarquable.

En observant les différents lieux d’évolution du couple des Grands et des Petits : les appartements, le parc, le bureau, et l’espace temps, principalement le soir, nous avons choisi de leur faire porter des costumes relatifs à leurs « activités ».

Pour les hommes, la même veste de travail, portée différemment, de façon à traduire leur personnalité opposée, tout en jouant sur une certaine gémellité.

Pour les femmes,qui n’entretiennent pas vraiment de relation, seule la féminité sera symbolisée de façon similaire, réduite à un tissu scintillant pour ne pas introduire de bijoux.

L’Homme au Chapeau est un personnage satellite, mais appartient au même paysage urbain, il porte aussi du noir. Il évoque une certaine décontraction. Le Docteur porte une sorte de longue robe. Il s’agit d’un costume qui mélange le gourou, l’avocat et le prêtre. Le tissu renvoie bien la lumière, il appartient au show-biz.

L'Homme Grand L’Homme Grand
Un homme cultivé mais en situation irrégulière, « un sans-papiers », est un homme qui se sent déclassé, dévalorisé. Cette situation se traduit par une veste de travailleur de nuit portée de façon décontractée, sans souci d’apparence avantageuse.
L’Homme Petit
Méticuleux, précis et curieux de ses voisins. Il n’a pas une vie préférable à celle des Grands. Il est vêtu d’une veste de travail comme L’homme Grand mais la veste fermée.
L'Homme Petit
La Femme Petite La Femme Petite
Confinée dans son appartement, obnubilée par son émission télévisée, elle a un caractère névrotique. Son costume correspond à une tenue d’intérieur ou sorte de pyjama, pour une femme envahie de rêveries et d’illusions.
La Femme Grande
Elle rêve d’un confort, elle est prête à vivre autre chose. Image de la féminité, d’une certaine forme du désir, une intellectuelle dévalorisée. Elle porte une robe tailleur avec un cache cœur en mousseline.
La Femme Grande
Le Docteur Le Docteur
Ce docteur virtuel, « investi d’une mission », est assimilable aux autorités spirituelles ou mystiques, prêtres, marabouts, voyants, eux bien réels dans la société d’aujourd’hui. En conséquence son costume est une sorte d’aube soyeuse et un chapeau orné de signes astraux.
L’Homme au Chapeau
« Je sais tout de suite si c’est renard ou hérisson, mais l’Homme au Chapeau me laisse perplexe. » Un costume relativement classique, pour ce personnage assez mystérieux. Sa chemise, ornée d’un imprimé velours, et son chapeau lui donnent une élégance romantique. Ce charme attire la Femme Grande.
L'Homme au Chapeau

La musique

la contrebasse rythme et habite les scènes mais elle est aussi un personnage, l’Homme au Chapeau. Il assiste comme un témoin à l’évolution de ces couples.
La contrebasse est le seul son qui intervient pendant cette mise en scène. Elle agit de deux manières :

« 3-7-5-4 », le numéro de la loi sur l’immigration. Si l’on sait que Juan Mayorga a aussi suivi des études en mathématiques, il est difficile de croire que ces chiffres sont un pur hasard, alors jouons-les.

« 3-7-5-4 » comme les cases d’une marelle ou les barreaux d’une échelle dont les degrés, comme ceux d’une gamme, forment un ordre mélodique servant ici de thème. Cette phrase musicale est le fil rouge de la pièce et accompagne l’action.

La contrebasse, l’Homme au Chapeau, illustrent aussi la ville, l’immeuble et ses bruits, le zoo et ses cris. L’instrument joue avec les comédiens en leur créant un environnement sonore.

Le Prix Théâtre 13

Pour la quatrième année consécutive, le Théâtre 13 organise son concours dédié aux jeunes metteurs en scène. Les participants ont entre 25 et 35 ans et les spectacles doivent comporter un minimum de 6 comédiens.

Il se déroule au cours de la saison 2008-2009 en quatre étapes :

Présélection sur dossier (octobre – novembre)

Le comité de sélection retient trente projets parmi l’ensemble des dossiers reçus.

Premier tour (décembre)

Présentation d’une mise en lecture aboutie devant un jury de metteurs en scène. Les critères évalués sont : réel parti pris de mise en scène, pertinence du choix de texte, équipe forte et cohérente, direction d’acteurs exigeante et distribution de qualité. A l’issue de ce premier tour, quinze candidats sont retenus.

Deuxième tour (février)

Présentation d’une mise en scène de trente minutes devant le même jury que le premier tour. Les critères évalués sont : réalisation des partis pris de mise en scène et leur pertinence, adéquation avec le projet initial, originalité et inventivité de la proposition, évaluation des moyens artistiques mis en œuvre, capacité du candidat à diriger un nombre important de comédiens. A l’issue de ce second tour, six candidats sont retenus.

Troisième tour (juin)

Les candidats retenus présentent leur spectacle monté et abouti au public et à un jury principalement constitué d’institutionnels (DRAC Ile-de-France, Adami, Arcadi, SACD, CNT, Mairie de Paris...) et de programmateurs lors de deux représentations.


Site du Centre culturel Arthémuse - Briec - Finistère

Commentaires

Logo de Sophie Caffarel
mardi 16 juin 2009 à 22h13 - par  Sophie Caffarel

Le jour de la première, assise à côté d’Annick, heureuse d’être là, j’attends avec impatience que le spectacle commence. Cependant une chose me dérange : l’Homme Grand est déjà sur scène, il lit. Dans ces cas là, je me demande toujours si l ’acteur arrive à lire réellement. Je pense au trac.
Puis arrive l’Homme Petit. Il a une énergie extraordinairement agressive. Il commence à attaquer. Les réactions de l’Homme Grand sont sympathiques. Je crois comprendre : c’est une histoire avec des méchants et des gentils. J’essaie de me rassurer.
Puis j’entrevois l’univers de Juan Mayorga. Un monde dur où tout peut arriver. Pas du tout manichéen. Je n’en veux pas mais je suis prise. C’est trop tard.
Puis apparaît la Femme Grande. Elle dit à l’Homme Grand qu’elle aime, mais ce n’est plus vrai (elle ne le sait pas encore). Tout en elle, est tendu vers l’extérieur. Vers l’Homme au chapeau...
Quant au couple des petits, c’est une question de minutes, il est en fin de parcours.
Ils vont s’entredévorer lentement, avec délectation. C’est fascinant et atroce.

Bravo aux acteurs. Bravo au magnifique travail de traduction d’Yves Lebeau.
Et bravo au metteur en scène.

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